3 questions à ... Arnaud CATINOT

Arnaud CATINOT accompagne les startups au sein d’ESTIA Entreprendre, un centre d'incubation d'entreprises et une pépinière faisant partie de l'École d'ingénieurs ESTIA à Bidart. Il anime le club Basque Space Data depuis 2021 et coordonne la thématique spatiale au sein de l’établissement. Son parcours de plus de 20 ans d’expérience généraliste dans le domaine de l'innovation et de l'entrepreneuriat lui permet de contribuer activement au développement de l'écosystème local.

Au printemps 2022 l’ESTIA annonçait la création du réseau Basque Space Data. Quel est l’objet de ce réseau, qui concerne-t-il et quels ont été les premiers sujets de réflexion ?

Le réseau Basque Space Data est une initiative d'ESTIA Entreprendre. Ce réseau fonctionne comme un club d’entreprises, d'acteurs locaux et d’experts utilisant les données spatiales.

L’objectif visé est de développer les connaissances et la capacité d'exploitation des données spatiales au Pays basque, en particulier dans les domaines de l'environnement, des villes intelligentes, de l'agriculture et de l'industrie 4.0. Ce réseau d’une trentaine de personnes se réunit deux à trois fois par an autour d’ateliers thématiques ou de groupes de travail.

Le spatial a été longtemps un domaine réservé aux états, car les coûts étaient « astronomiques ». Depuis quelques années, la taille des satellites et les coûts du kilogramme envoyé en orbite basse ont baissé. L’accès est désormais ouvert à beaucoup plus d’acteurs, qui ont ainsi multiplié les constellations. Ce marché évolue à très grande vitesse, le prix des données diminue et les opportunités technologiques et commerciales fleurissent.

C’est le message que nous avons passé lors d’une journée d’information à l’ESTIA en 2022 avec Aerospace Valley et le CNES, il a joué le rôle d’une prise de conscience et nous avons ensuite décidé de constituer et d’animer ce réseau.

Les premiers travaux ont été tournés vers une mise à niveau de tous les participants sur les capacités actuelles disponibles, gratuites et payantes, que ce soit en observation de la terre ou en géolocalisation. L’important est de comprendre rapidement quels sont les ordres de grandeur clés et les limites de chaque technologie. Il s’agit de faire le lien avec son application, pour voir si l’usage des données satellites est gagnant ou pas, ou de comprendre à partir de quel niveau il deviendra intéressant.

Un bon exemple est le comptage des arbres : aujourd’hui avec des images satellites de 15 à 30 cm de résolution (c’est la taille du pixel), c’est techniquement possible, cela fonctionne, mais économiquement cela n’est pas encore compétitif par rapport à l’aérien ou le drone. Le coût des images va encore décroître, et deviendra plus intéressant dans quelques années.

Maintenant nous organisons des évènements plus spécifiques pour prendre de l’avance. Pour cela nous prenons appui sur le service Connect-By-Cnes qui nous oriente vers des experts internes au CNES mais aussi externes.

L’année dernière nous avons échangé directement avec les personnes en charge des missions CO3D (évolution des zones à fort relief, prévention des glissements de terrain, gestion de plan d’urbanisme, détection de changement, 2024) et Thrisna (optimisation de l’irrigation, suivi sanitaire des forêts, résurgences côtières d’eau chaude, indicateurs sur le suivi des Ilots de Chaleur Urbains, détection de fuites de chaleur, 2025).

L’accès aux données spatiales s’est beaucoup démocratisé. Tous les secteurs économiques bénéficient de l'espace tout comme désormais les collectivités territoriales. Quelles sont les nouvelles évolutions dans le domaine de la télédétection spatiale qui, selon vous, auront le plus d’impact pour l’urbanisme et l’aménagement du territoire au cours des prochaines années ?

Les satellites de nouvelle génération et leur nombre permettent d'obtenir des images de plus en plus précises et à plus grande fréquence (jusqu’à plusieurs fois par jour selon la taille de la constellation), ce qui permet de suivre l'évolution des villes et des territoires en temps réel, comme la détection de chantiers ou des zones à risques.

Avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle et l’embarquement à bord de cette capacité, le traitement des données est de plus en plus rapide, efficace et précis. La combinaison de l’informatique avec les technologies optiques de précision permet d’identifier des véhicules par exemple.

Pour une collectivité, ces évolutions signifient plus de capacités d’analyse de son territoire comme le suivi de l’étalement urbain, la surveillance des décharges sauvages, ou le suivi de reforestation.

Dans les zones urbanisées, Il peut d’agir de surveillance d’infrastructures ou de réagir mieux aux catastrophes naturelles : l'élévation du niveau de la mer, les inondations, les sécheresses, etc.

Les données spatiales peuvent être également utilisées pour planifier les réseaux de transport, identifier les zones à risque d'accidents, etc.

L'utilisation de données spatiales peut être un facteur de transformation face au changement climatique. Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de projets ?

Le changement climatique est effectivement un sujet très adapté aux capacités offertes par les données satellites.

Parmi nos membres, nous comptons l'entreprise Aguila Technologies, qui utilise des données satellites pour aider les pêcheurs artisanaux, pour surveiller la pollution marine et la sécurisation des transports maritimes. L'entreprise utilise des données Sentinel-2 pour suivre la croissance des algues et la pollution par les hydrocarbures. Elle utilise également des données Sentinel-1 pour suivre les mouvements des bateaux et pour détecter les collisions potentielles. En effet, le poisson étant plus rare près des côtes, les pêcheurs s’éloignent et prennent plus de risques en croisant les routes de bateaux plus imposants.

Nous avons également l’entreprise SylGéCo, spécialisée dans le soutien à l’exploitation des forêts. Suite à l'incendie de 2022, elle utilise des images satellites pour suivre l’activité végétale fonctionnelle de la forêt usagère de La-Teste-de-Buch, afin de définir les zones vertes et aider à l’évacuation des arbres incendiés.

Pas très loin de nous à Bordeaux, l’entreprise NetCarbon fusionne des données issues de différents satellites pour suivre l'évolution de la végétation. En corrélant l'état de la végétation avec des données issues de capteurs de CO2 ils ont développé des algorithmes mesurant la captation carbone.

Des exemples de collaboration public-privé sur la télédétection d'habitat illicite existent en Guyane ou encore dans l'Hérault, où la DDTM 34 a bénéficié d'un soutien d'ETALAB dans le cadre d'un appel à manifestation d'intérêt sur l'Intelligence Artificielle. Il s’agissait de s'appuyer sur des images aériennes et satellitaires, le projet visait à détecter caravanes, mobile homes, hangars, dépôts de déchets sauvages ou bâti illicite dans les milieux sensibles (zones agricoles et naturelles ; zones à risques fort (inondation, incendie, etc)). Les résultats sont basés sur des orthophotos de l'IGN datant de 2012, 2015 et 2018 à 20 cm de résolution et sur l’apprentissage d’images satellites Pléiades à 50 cm de résolution. Cette technologie, en phase de test depuis le dernier trimestre 2019, offre une solution innovante pour surveiller les changements dans des zones à risques environnementaux. Ces avancées soulignent l'utilité de l'IA dans la détection proactive d'infractions, tirant parti d'images régulières et datées pour renforcer la préservation de l'environnement.

Par Arnaud CATINOT

https://www.linkedin.com/in/arnaudcatinot

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